Avant-propos
L’immigration est un phénomène social important
touchant plusieurs pays du monde notamment la France. En effet, la France est
un pays ouvert à l’immigration en général et à celle des Arabes maghrébins en
particulier.
«En 1990, le recensement des personnes étrangères en France, suite à
l’asile politique, au regroupement familial, à l’appel des travailleurs sous
contrat et à la régularisation de personnes en situation irrégulière, a établi
le chiffre de 3 596 602 personnes. En 1991, tous motifs confondus, 102 500
immigrés ont été autorisés à résider en France[…] »[1].
Parmi les immigrés arabes résidant en France, le nombre des Algériens est le plus élevé. En effet, la relation entre la France et l’Algérie est complexe mais étroite vu la longue période de colonisation. L’Algérie était la première des pays du Maghreb à être conquise en 1830 et était considérée comme étant un des départements français alors que la Tunisie et le Maroc ont été seulement des protectorats (respectivement en 1881 et 1912). Même après son indépendance en 1962, l’Algérie est demeurée liée à l’ancienne métropole par l’immigration.
La période des Trente
Glorieuses «qui s’achève avec la
crise économique du début des années 1970, fut caractérisée par le rôle
essentiel et souvent méconnu des immigrés dans le processus de modernisation de
l’appareil productif français et par une modification profonde de la
composition de la population immigrée, au sein de laquelle augmenta très
nettement la part des travailleurs africains : leur proportion par rapport
à l’ensemble des étrangers passa de 3.1% en 1946 à 19.7% en 1962, 24.8% (dont
18.1% d’Algériens) en 1968, puis à 45.8% en 1990. »[2].
La France représentait le salut pour ces immigrés qui
cherchaient à tout prix à échapper à une vie lamentable, mais en arrivant au
pays d’accueil, ils ont découvert la réalité amère. La France n’est pas
l’eldorado et le rêve de mener une vie plus humaine est un mirage. Les valeurs
d’égalité, de liberté et de respect des droits de l’homme se sont avérées plus
abstraites que concrètes.
En ce qui concerne le travail, la main-d’œuvre
immigrée a été employée dans les secteurs délaissés par la main-d’œuvre
nationale notamment le secteur tertiaire. Il s’ensuit que les salaires moyens
des immigrés sont inférieurs, d’une façon remarquable, à ceux des Français,
écart dû à une différence de qualification entre les deux populations actives.
Bien plus, les immigrés ont été les premières victimes de la réduction des
emplois dans l’industrie et ont traversé une crise de chômage qui était plus
aiguë que le chômage des Français. Ce faisant, la proportion des chômeurs
étrangers était le double de celle des chômeurs français.
«Il s’agit des pratiques discriminatoires à l’embauche. Cette
discrimination induit logiquement un sentiment d’injustice qui produit
peut-être à son tour une méfiance accrue (…) »[3].
En ce qui concerne l’habitat, les immigrés ne sont pas
propriétaires de logement et ils occupent des taudis peu confortables. 90%
d’entre eux vivent dans des banlieues comme des marginaux. Le lieu de leur
habitation est révélateur de leur niveau économique. Les populations immigrées
qu’elles soient turques, arabes ou africaines sont pour la plupart du temps
locataires de HLM. Les conditions pécuniaires lamentables des immigrés
les empêchent d’abandonner les HLM pour un habitat pavillonnaire. Ils
sont donc restés piégés dans ces habitats et un processus de
«ghettoïsation » a eu lieu. Les populations étrangères se regroupent
selon leur nationalité d’origine, ce qui rend le processus d’intégration lent.
Dans les bidonvilles délabrés et exigus où vivent les
migrants maghrébins, les conditions élémentaires d’hygiène ne sont point
respectées. Les enfants sont forcés de travailler et d’aider leurs parents qui
trouvent de la peine à subvenir aux besoins de leur famille. La pauvreté et la
misère constituent des éléments de distanciation et d’exclusion.
«[…] Le processus d’intégration à la communauté d’adoption est fragilisé
par un niveau socio-économique et culturel déficient de la famille qui
arrive »[4].
Les migrants ne tentent pas de s’intégrer à la société française. Ils se replient sur eux-mêmes et tendent à se regrouper pour se protéger de l’Autre.
Par ailleurs, la langue est considérée comme un autre
élément d’exclusion. En effet, la plupart des immigrés sont des ouvriers et des
travailleurs pauvres, modestes et analphabètes. Ils gardent toujours dans leur
esprit le mythe du retour au pays, ce qui les a empêchés de pousser leurs
enfants à avoir des rapports durables avec la société française d’accueil. Ils
sont confinés dans des ghettos et s’attachent à leur langue et leurs
traditions. Ils n’apprennent pas le français par manque de motivation, leur
entourage étant le plus souvent arabe. Au travail, la connaissance de la langue
française n’est pas toujours nécessaire.
«La main d’œuvre immigrée, sans qualification, est parfaitement adaptée aux
nouveaux emplois mécanisés, pour lesquels l’ignorance de la langue apparaît
comme un facteur de productivité »[5].
La pauvreté matérielle se double pour ainsi dire d’une
pauvreté linguistique. Les immigrés inventent une langue intermédiaire entre
l’arabe et le français pour répondre aux besoins importants de communication.
Leurs contacts avec les citoyens de souche française sont très réduits. Ils
résistent, ainsi, aux changements et bricolent dans des étroites limites un
parler français.
Si les premiers immigrants trouvent de la peine à
abandonner la langue arabe et à parler la langue française, leurs enfants, nés
le plus souvent en France, maîtrisent le français. Mais, leur langue est
distinguée et différente de celui des Français. Ils ont créé une langue
franco-arabe capable de traduire tous les problèmes sociaux qu’ils affrontent,
notamment l’exclusion.
«Le gosse dont les parents parlent arabe et qui vit entre deux mondes
séparés, la maison et l’école, métamorphose les mots français et leur trouve un
sens caché. Il invente, et ce qu’il invente est plus vrai que le mot
juste »[6].
Selon les statistiques, 43% des beurs parlent français
à la maison alors que leurs parents parlent arabe ou berbère. Ce qui rend la
situation complexe. La langue française devient, par la suite, une source de
tiraillements. Au sein de la famille, il se crée une sorte
d’incommunicabilité : les parents et les enfants parlent deux langues
différentes et s’intéressent à des choses différentes.
Pour certains beurs, la langue française est celle de
la modernité, de l’émancipation ; c’est un outil de communication,
d’intégration, d’assimilation et de promotion sociale. Ils la considèrent comme
étant leur langue maternelle et assurent qu’ils la parleront avec leurs
enfants. Seule une minorité des beurs trouvent dans la langue arabe le symbole
du passé, des origines, de la religion, du refus de l’aliénation. D’où la
nécessité de s’y attacher.
D’autre part, la majorité des beurs ne
reconnaissent pas les traditions et les coutumes des parents. 71% d’entre eux
se sentent culturellement plus proches des Français que des parents contre 20%
plus proches du mode de vie des parents. Les jeunes beurs connaissent, au vrai
sens du terme, une instabilité psychologique et un déchirement interne du fait
que le monde où ils se trouvent n’est pas celui des origines. Ils sont à la
fois différents de leurs parents et différents des Français d’origine non
maghrébine. A l’école, les beurs se sentent rejetés, considérés comme des
intrus et souffrent du racisme.
Déprimés, indécis, tiraillés entre deux mondes, se
trouvant au carrefour et au creuset de deux sociétés, souffrant d’une
ambivalence culturelle, les jeunes tombent, assez souvent, dans la délinquance
et l’échec scolaire.
«Les drames vécus à la maison sont aussi nombreux, l’enfant baignant toute
la journée dans un monde culturel latin et chrétien avant de rejoindre le soir
son monde arabe et musulman : les conflits peuvent être mineurs,
s’agissant de différences de coutumes, de traditions, de savoir-vivre, mais ils
peuvent être aigus lorsque l’enseignement subi impose la supériorité de
l’Occident sur l’Orient, du christianisme sur l’Islam, du Français sur
l’Algérien »[7].
[1]
http://www.fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/ni/ni_3237_p0.html
[2]
http://www.fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/cl/cl_1873_p0.html
[3] MUCCHIELLI, Laurent, «La France intègre toujours ses
immigrés », Sciences humaines, N : 69, février 1997, p.
13.
[4] COLIN, Didier, «Le discours sur l’étranger dans la
littérature pour la jeunesse », Etudes littéraires maghrébines, N:
6, l’Harmattan, Paris, 1995, p. 105.
[5]
http://www.fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/cl/cl_1873_p0.html
[6] CAVIGLIOLI, François, «Les Froms se prennent
la tête », le Nouvel Observateur, N : 1517, 2-8 décembre 1993,
p. 32.
[7] MERAD, Ghani, La littérature algérienne
d’expression française, éd. Pierre Jean Oswald, Paris, 1976, p. 115.