Nedjma Benachour-Tebbouche

Faculté des Lettres et des Langues

Département de Français.

Université Mentouri Constantine. e-mail : benachnedjma@yahoo.fr

 

 

Thèse de Doctorat d’Etat : soutenue à Constantine le 12 janvier 2002 , avec la mention très honorable, les félicitations de tous les membres du jury et recommandation de publication. 2 tomes.

Le jury était composé de : Charles Bonn université Lyon II (rapporteur) ; Aïcha Kassoul université d’Alger (présidente) ; Mohamed-Lakhdar Maougal université d’Alger (examinateur) ; Hadj Miliani université de Mostaganem (examinateur) ; Ali-Khodja Djamel université de Constantine (examinateur).

 

 

PRESENTATION  DE  LA RECHERCHE

 

Ma thèse de doctorat d’Etat   s’intitule « Constantine : une ville en écritures ».

A l’origine, ma réflexion devait porter sur Malek Haddad.  Mais très vite je me suis rendue compte que la ville natale occupe une place importante et hautement symbolique dans  l’œuvre de  cet écrivain. Aussi il m’a semblé plus fructueux d’inverser l’ordre de mes préoccupations.

Constantine présente dans la spatialisation narrative de l’œuvre de Malek Haddad  l’est aussi dans  des textes littéraires (tous genres confondus) signés par des auteurs  de  nationalités et de statuts socioprofessionnels divers  et c’est ainsi que Constantine, lieu de convergence, est devenu  mon thème de recherche.

Ce changement de perspective  a  permis l’élargissement  et l’ouverture  à d’autres textes  où Constantine reconstruite par différentes pratiques discursives constitue l’ancrage spatial, unique ou partagé avec d’autres villes.

Cette extension du sujet de recherche  m’a offert l’opportunité de dévoiler l’extraordinaire capacité d’écritures  qu’une ville peut susciter. Il est vrai que le site majestueux de Cirta-Constantine ainsi que son histoire ancestrale et tumultueuse (sa lisibilité)  la prédestinent à cette charge créatrice  (l’imagibilité).  J’emprunte ces deux  termes à l’urbaniste américain Kévin Lynch  qu’il explicite dans son ouvrage L’image de la cité.

Si l’analyse de Constantine, ville à la fois réelle et emblématique, est incontournable dans des romans tels Nedjma de Kateb Yacine, La dernière impression de Malek Haddad, Berechit de Rolland Doukhan, L’insolation, La prise de Gibraltar, Timimoun, La vie à l’endroit, Fascination de Rachid Boudjedra, La mante religieuse de Jamel Ali-Khodja ou Ez-zilzel de Tahar Ouettar (pour ne citer que ceux-la),  elle l’est aussi dans certains textes tels les récits de voyage et les témoignages. Ici,  la ville  n’est pas en situation d’ambiguïsation. Mais il est bien entendu que cette désambiguïsation n’ôte rien à la qualité et aux différentes stratégies d’écriture qui sont conviées pour la mise en texte de Constantine   car  même dans ce type de discours (c’est à dire le Voyage et le témoignage) planent des zones d’ombre dans la mesure où  toute écriture reconstruit la réalité observée  -géographique ou autre-.         

         Ville du voyage, à travers les siècles et l’histoire, visitée par des géographes, des historiens ou des ethnologues célèbres de différentes nationalités tels Salluste,  Pompénius-Méla, Strabon, Ibn Hawkal, El Idrissi, El Bekkri, Ibn Battûta, Hassan Ibn Mohamed el Ouazzan dit Léon L’Africain  (venu 16ème ) l’anglais Thomas Shaw (venu au18ème ), Constantine attira au 19ème siècle,  pour de multiples objectifs, un nombre encore plus important de voyageurs parmi lesquels d’illustres écrivains de ce siècle d’or de la littérature universelle tels, Alexandre Dumas (père), Théophile Gautier, Eugène Fromentin, Gustave Flaubert, Guy de Maupassant et Jean Lorrain.

J’ai privilégié  l’analyse des récits de ces voyageurs car leur statut d’écrivains intéresse davantage une recherche qui s’inscrit dans le domaine de la critique littéraire. Ces textes qui ont exigé un réel effort documentaire- ils ne sont consultables que dans de rares bibliothèques parisiennes- m’ont ouvert des perspectives d’analyse d’une grande richesse . Sous la plume et le pinceau de ces artistes Constantine fut véritablement honorée. Ces récits de voyage ont immortalisé avec souvent beaucoup de poésie certaines pratiques culturelles comme la chasse du porc-épic (décrite par Flaubert), la danse rituelle féminine (décrite par T. Gautier) ou certains quartiers de la ville qui n’existent plus comme celui des tanneurs  dépeint par le style fulgurant de Jean Lorrain. Sous la plume d’Alexandre Dumas l’histoire de la prise de la ville en 1837 devient un récit débordant de précisions et de théâtralité. C’est en visitant les gorges du Rhumel que Fromentin, fasciné par la splendeur du site, eut l’ultime conviction qu’il sera peintre.

Par ailleurs, certains de ces voyageurs ont acquis de leur séjour constantinois un bénéfice littéraire et pictural. En effet  dès leur retour en France , Flaubert réécrit son roman Salammbô en intégrant dans l’extra- texte -c’est à dire Carthage de la 1ère  guerre Punique-   le site, certains faits historiques et scènes culturelles  observés à Constantine en mai 1858 ; Gautier en rentrant à Paris écrit une pièce théâtrale intitulée La juive de Constantine et Le Club des Hachichins,  Eugène  Fromentin (peintre et romancier) peint une toile titrée La place de la Brèche à Constantine.

Par ailleurs les récits de ces voyageurs  montrent que ce « genre » littéraire est à même de produire des textes d’une  qualité certaine au plan de l’écriture et de ses stratégies.

L’analyse des récits de voyage a permis à ma recherche de réaliser à son tour un bénéfice : en plus de la rencontre et de la découverte  étonnante et fascinante des écrits de ces  voyageurs ( avec celui de Louis Bertrand début 20ème s) ces  récits  dont l’ancrage se situe  à  un moment important de la rupture historico-sociale de la ville  (c’est à dire milieu 19 et début 20ème s) m’ont, d’un point de vue méthodologique, offert l’opportunité  de rappeler  certains faits historiques ou d’expliciter certaines pratiques sociales et culturelles  sans recourir à un exposé fastidieux ou surajouté.

 

Les témoignages qui constituent un autre  volet  de mon corpus ont un statut discursif assez particulier. Leurs auteurs sont soit des natifs tels Josette Sutra, Camille El Baz, Michelle Biesse des écrivaines pieds-noires, Malek Haddad   (avec Ballade sur 3 notes), Malek Bennabi ( avec Mémoires d’un témoin du siècle) ou alors des écrivains ayant vécu à Constantine tel Rachid Boudjedra  (avec Vies quotidiennes contemporaines en Algérie). Le cas de Smaïn l’humoriste français d’origine algérienne est assez particulier : né à Constantine de parents inconnus il a quitté cette ville très jeune sans en garder de souvenirs précis, aussi son témoignage consigné dans Sur la vie de ma mère écrit après le voyage effectué en 1980  est davantage une enquête et une quête de son origine familiale.

      Ces témoins ont construit leurs récits sous le mode de la mémoire et de l’expérience. Leurs témoignages sont des sortes de récits de voyage  mais où  le voyage se déroule  à l’intérieur de la mémoire. Ceci constitue la différence fondamentale entre les regards endogènes et exogènes sur la ville: l’histoire, les espaces, les pratiques ne sont pas perçus de la même manière. La mémoire, l’intimité et le vécu, véritables soubassements, donnent à ces témoignages une particularité discursive qui les placent à la confluence du récit de voyage et du roman, le premier (récit de voyage) est plus dénotatif,  le second (le roman) est davantage fictionnel.

 L’aspect intimiste du témoignage m’a autorisé d’un point de vue méthodologique, à insérer dans la même partie de mon travail les témoignages et les romans non pas que les enjeux discursifs ou narratifs soient identiques mais  pour en fait distinguer le regard extérieur à la ville (- des voyageurs-) de celui plus intime -des témoins à l’instar de celui des romanciers-.

Par ailleurs un heureux hasard  voulut que parmi les témoignages sélectionnés par mon corpus deux auteurs sont également deux célèbres  romanciers du « roman constantinois ». Il s’agit de  Malek Haddad et de Rachid Boudjedra. 

       

La charge intériorisée qui particularise Constantine dans les témoignages se déploie avec plus de force et d’imagination dans les romans. Dans ces textes fictifs, la lisibilité de Constantine, est certes présente mais pour en fait connaître une forte  re-construction et une appropriation narrative car la créativité littéraire suppose l’espace  imaginaire ou  géographique. Dans les romans retenus, parus à différents moments importants de l’histoire sociale de la ville et du pays  c’est à dire les années 1950, la guerre de libération nationale, les premières années de l’indépendance, le milieu des années 1980, la fin des années 1990 –avec les romans de Boudjedra, de Noureddine  Saadi ou La Malédiction de Mimouni - Constantine qui sans être un simple extra-texte spatial dote la narration d’une épaisseur, d’une imagibilité : topographie référentielle  elle est à même de constituer une topologie textuelle. Ainsi, dans les récits fictionnels, la ville  (souvent  concentrée sur un lieu : le fondouk dans Nedjma, el  chara dans Berechit, le Rocher  dans La Prise de Gibraltar de Boudjedra, les différents ponts dans Ez-zilzel ) dépasse sa simple réalité spatiale, historique, culturelle, sociale et familiale  pour atteindre une dimension emblématique et symbolique. Tel un personnage elle est convoquée aux moments narratifs, parfois, les plus importants du roman  (comme la symbolique du pont dans La Dernière Impression de Malek Haddad : ici la fonction réelle du pont –passer d’une rive à une autre- s’efface pour mettre en avant une représentation symbolique ; le pont est une passerelle entre deux communautés différentes qui ne s’entendent pas, cette incommunicabilité  explique  la destruction du pont construit par la narration).

L’actantialisation  de Constantine autorise l’affirmation suivante : la ville doit jouer un rôle narratif et idéologique lui permettant de se surpasser afin d'accéder à la ville fictive. Celle-ci conçue par une série de médiations relevant de l’origine sociale, du parcours familial, culturel, idéologique  mais aussi du vécu et de  la mémoire de l’écrivain est porteuse de significations. Les sens profonds que revêt la ville donnent  alors à la narration  une entière liberté. Je citerai quelques exemples analysée en détails dans ma recherche : Nedjma est aimée de  4 hommes car le Rocher « est encerclée de quatre ponts » (comme l’accès à la ville se faisait jadis par  les 4 portes connues ou comme  le pays était aimé de quatre tendances nationalistes), Saïd dans La Dernière impression construit un pont dans une ville de ponts, Rac pense qu’à Constantine «  la vie est paisible, ordinaire. Banale. La vie  à l’endroit » Dans l’ avant-dernier roman de Boudjedra, Constantine  doit  jouer un rôle cathartique par rapport à Alger de 1995 où sévit la violence et où la vie serait donc à l’envers. Je rappelle que l’énoncé « la vie à l’endroit » constitue  le titre du roman. 

 

Ce corpus disparate  mais ô combien passionnant a interpellé une série d’interrogations : est-il aisé de placer une frontière précise entre les aspects référentiels, dénotatifs et  ceux qui relèvent du fictionnel ? Le récit de voyage et le témoignage peuvent-ils revendiquer leur spécificité littéraire, leur part de  littérarité ? Mais  voyage et littérature ne sont-ils pas  liés ? La littérature n’est-elle pas un voyage  dans l’imaginaire, dans la mémoire ?

Ce corpus qui offre une variation de regards sur la ville est une sorte de pérennité de Constantine. Ces textes érigent une Constantine légendaire, une Constantine mythique.

       

Par ailleurs ce corpus qui montre la variation des regards sur Constantine a soulevé une autre difficulté : comment diviser les parties de mon travail ? J’ai opté pour deux grandes parties, la première intitulée « Constantine  ville du voyage » et la seconde titrée « De la réalité à la fiction : Constantine dans les témoignages et les romans » . Cette division adoptée par  commodité méthodologique,  interpelle davantage l’opposition regard exogène  par rapport à regard endogène que l’opposition des « genres » ou celle du couple réalité/fiction ( par rapport à la ville bien entendu).

Ces deux parties se divisent elles-mêmes en chapitres et sections. Celles qui renvoient à des points jugés importants ont nécessité des développements plus conséquents comme par exemple la section relative aux voyageurs du 19ème  siècle beaucoup plus détaillée  par rapport à celle relative aux autres périodes : romaine, médiévale, ottomane que j’ai d’ailleurs titrée   « aperçus ».

     

Le titre général de ma recherche « Constantine une ville en écritures »   obéit  à  deux justifications.

La première relève de  la variété discursive du corpus. Constantine fut représentée par  une pluralité  d’écritures que les voyageurs, les témoins et les romanciers ont,  chacun à leur manière, exprimé avec force et souvent avec beaucoup de poésie. Le projet idéologique contestable qui sous-tend certains récits de voyage et plus particulièrement celui de  Louis Bertrand, chantre de l’idéologie colonialiste algérianiste, n’enlève rien à la qualité littéraire du récit de cet écrivain  qui a visité Constantine en mars 1903.

La seconde explication du titre concerne la nature même des textes. Mon corpus d’analyse repose sur un ensemble de récits scripturaires. Les textes de l’oralité y sont absents ; or,  Constantine est très présente dans la littérature orale, son répertoire est d’une grande richesse. Cette omission qui est un choix et non un oubli obéit à des principes d’ordre méthodologique : entreprendre dans un même travail une recherche individuelle sur la littérature scripturaire et orale m’ a paru  difficilement réalisable. Les outils méthodologiques sont différents. Mais sans l’avoir approfondi j’ai eu, néanmoins, à souligner certaines interférences entre la littérature écrite et orale dans, notamment, Nedjma de Kateb Yacine. En  effet   est-il pensable de lire ce roman sans avoir à l’esprit la part de l’oralité propre à Constantine ? Culture  parfois ancestrale que Kateb a restituée avec toute la profondeur qui caractérise son écriture. Je citerai deux exemples : le personnage  Si Mokhtar qui joue un rôle capital dans le roman de Kateb Yacine, est à décrypter dans sa relation à une personnalité de la ville des années 1940 Tahar Ben Lounissi qui doit sa réputation -en plus de son origine familiale puisqu’il était le fils de Si Hamdan maître du cheikh Ben Badis- aux nombreux dictons laissés à sa ville natale.

– 2ème exemple :  le lexème « écrasante » qui qualifie  Constantine dans le roman est, en fait, la traduction d’une expression orale propre à la ville « ed’dahma » qui dérive du mot « eddahme » faisant référence au cheval arabe à la robe  noire. Les deux acceptions (écraser- écrasante et couleur foncée) sont récupérées par l’énonciation du roman katébien  pour qualifier le site majestueux  et altier de Constantine « au casque noir soulevé vers l’abîme et à la force autrefois chevaline »

L’expression « Ed’dahma » était d’ailleurs très usitée par la poésie orale constantinoise  comme dans  la qacida du poète populaire Belgacem Rahmouni el Haddad composée en arabe dialectal en 1802.

Une recherche approfondie sur  la représentation  de Constantine dans la littérature orale est à entreprendre.

 

La disparité discursive du corpus ainsi que l’analyse de la représentation littéraire d’une ville ont sollicité des interrogations d’ordre théorique. Aussi différentes lectures se sont imposées pour la réalisation de mon travail. Elles sont de l’ordre des approches de la critique générale, telle la sociocritique (Pierre Macherey, Claude Duchet, Henri Mitterand), ou de certaines réflexions plus spécifiques sur l’énonciation, la mémoire et son désir  d’écriture, les études  de Roland Barthes sur  la sémiologie de la ville  pour lesquelles il  prit appui sur les thèses de l’urbaniste américain Kévin Lynch, ou encore les analyses  sémiologiques des personnages.(celle de Philippe. Hamon)

La variété des approches théoriques littéraires ne doit pas s’accommoder d’une simple addition de procédés, ceux-ci ne sont que des éclairages ponctuels de l’objet analysé. Aussi je recours selon les besoins de l’analyse à telle ou telle approche sans en privilégier une plus particulièrement. Mais ma démarche générale se réclame davantage de la théorie sociologique de la littérature car la part importante de la socialité présente dans les textes étudiés  ne pouvait être occultée. La théorie littéraire est multiple mais l’analyse personnelle d’une œuvre est unique car toute recherche devrait apporter  une appréhension singulière de l’objet en question. Psychanalyse, sociocritique, linguistique, sémiologie de l’espace sont, certes, incontournables pour comprendre les phénomènes complexes de la pratique littéraire mais elles ne doivent en aucun cas exclure l’originalité de la lecture personnalisée.

 

Avant de conclure cette présentation je voudrai apporter quelques précisions.

*En fin de travail j’ai joint des annexes. Celles-ci concernent les textes difficiles à trouver ou consultables dans les bibliothèques spécialisées comme   Sainte Geneviève de Paris. Ce sont surtout les récits de voyage ( toutes périodes confondues). Ces textes ont exigé un réel travail de recherche documentaire ;  en premier lieu il fallait  les repérer ensuite pouvoir  les consulter. J’ai joint par ailleurs des récits publiés dans des revues à diffusion réduite ou locale et qui, plus est, ont cessé de  paraître ( comme  Ballade sur 3 notes de M. Haddad paru dans la revue Novembre).

*La bibliographie de ma recherche est spécifique à mon thème de recherche. Elle est  classée en cinq rubriques :

1ère rubrique / auteurs,    2ème rubrique/ ouvrages sur les auteurs et critique littéraire générale,

3ème  rubrique/  thèmes avec 5 sous-thèmes qui sont : -histoire et société de l’ Algérie  en général et de Constantine en particulier,  -2ème sous-thème : littérature Pied-noire et judéo maghrébine, - 3ème s/thème : la mémoire,-4ème s/thème :  la ville,  -5ème s/thème : le voyage. 

4ème rubrique / bibliographies, dictionnaires, correspondances  

5ème rubrique : revues et journaux. 

*La table des matières est détaillée pour commodité de lecture ou de consultation.

         

En conclusion  je dirai qu’il ne m’a pas toujours été facile de réfléchir sur la représentation littéraire de cette ville si familière  avec laquelle des liens professionnels, familiaux et affectifs  se sont tissés à travers le temps et les personnes. Ne me suis-je pas imposée une certaine réserve afin de pouvoir lire et analyser, sans trop de dissipation, ceux nombreux qui l’ont écrite et représentée. Il fallait donc contrôler cette relation personnelle afin qu’elle ne déborde pas sur une rencontre qui s’est voulue rigoureuse ou du moins dépourvue d’un excès d’affectivité.

Mais je peux, néanmoins, affirmer que cette familiarité m’a été d’une aide certaine . Elle m’a permis de mieux décrypter certaines représentations de Constantine quand il fallait pénétrer dans les méandres de l’écriture et de l’imaginaire de ses nombreux écrivains et de ses nombreux discours.

Il fallait  aussi trouver la juste mesure pour ne pas rompre les moments  de magie procurés par cette lecture  par cette analyse de la ville car une  désambiguïsation excessive ne casse-t-elle les liens intimes, ontologiques qui attachent l’auteur à son texte ?

 

Mon travail ne prétend pas avoir épuisé ce thème de recherche. D’autres   aspects de la représentation de la ville dans d’autres textes scripturaires ou oraux   restent encore à analyser.  Constantine écrite et dite est une ville marquée par une imagibilité plurielle. Elle  a suscité et suscitera  encore l’écriture. Elle continuera à interpeller la curiosité et la réflexion . On ne peut pas  quitter un tel sujet.

 Malek Haddad qui a exprimé son amour  de  la ville natale en faisant appel à la poésie, a écrit  un très beau texte - hommage à Constantine intitulé Une clé pour Cirta  paru dans An Nasr  du 15 janvier 1966. En voici un court extrait : « Lorsque vous partirez, s’il vous plaît ne vous retournez pas. Mais je vous rassure on ne quitte jamais tout à fait Constantine. Une clé pour ma ville l’entreprise est périlleuse. ».