Conclusion générale

 

Au terme de cette recherche, nous espérons avoir jeté quelques lumières sur les rapports entre édition, écrivain et littérature tunisienne, avoir donné un aperçu assez précis sur des domaines qui demeurent peu connus et plutôt négligés chez les différents acteurs de la production du livre littéraire en Tunisie en particulier de langue française. Au début, ce travail posait des questions qui paraissaient sans réponses, puisque chaque thèse part de quelques interrogations, signalons que l'approche globale des concepts et des définitions a été faite au fur et à mesure de l’avancement de la recherche.

Aujourd'hui, nul ne peut douter que l'avènement de l'imprimerie en Tunisie, en plus de sa nouveauté comme une technique pure, est lié à l'émergence des idées réformistes du XIXème siècle. La révolution culturelle annoncée par le développement de la presse a été entravée peu après par l'intervention coloniale qui va imposer sa culture et étouffer la culture locale. Le destin de la Tunisie passe entre les mains de l'étranger.

L'élan réformiste de la Nahda, ne sera pas pour autant arrêté. Il va s'infléchir : une partie des élites va s'approprier la langue de l'occupant pour mieux proposer ses réformes. Déjà sollicitée avant l'arrivée des français, la langue française devient un des moyens de lutte de l'élite tunisienne. C'est le rôle du collège Sadiki et du lycée Carnot. L'université-mosquée de la Zitouna va elle-même connaître des réformes et sera la matrice des nouvelles élites arabophones ouvertes à la modernité. Une élite bilingue trouve donc dans l'édition de la presse les moyens, certes limités, d'exprimer une ambition nationale dans un monde où les nouveaux supports de la connaissance (journaux, revue, radio, presse…) prennent de plus en plus d'ampleur.

La période coloniale voit naître en langue française comme en langue arabe quantité de périodiques, souvent de courte durée, et une édition tributaire de l'effort des imprimeurs. Mais il était inévitable est logique que l'édition et le livre soient marginalisés puisque la production écrite est en grande partie importée de métropole.

S'agissant de l'édition en français nous avons étudié trois projets en langue française et en arabe : les éditions la Kahéna dirigées par Paul Hubac et leur revue qui porte le même nom, organe de la Société des écrivains de l'Afrique du Nord. Le deuxième projet est celui des éditions Mirages d'Armand Guibert et sa collection " Les Cahiers de Barbarie ". Nous avons également étudié l'exemple d'édition en langue arabe qui est l'œuvre de Zine al Abidine As-Snûsi : Dar Al-Arab. Ces projets, à la fois d'édition et de presse vont contribuer à la naissance d'une première génération d'écrivains tunisiens d'expression française. Pour ce qui est de l'édition en langue arabe, même si elle est marginalisée par rapport à celle de langue française, elle va promouvoir une littérature tunisienne où s'illustrent des écrivains comme Chebbi, Messadi, Khreif, Douaji, Haddad et d'autres.

Entre les deux guerres, on assiste à la convergence des activités littéraires, journalistiques et politiques : tous les supports utilisés sont bons pour exprimer l'élan du "Tajdid" (renouveau) anticolonial. Cette polyvalence des tâches et des thèmes traités par l'élite tunisienne nationaliste aboutit à une confusion qui va laisser sa marque sur les rapports entre l'écrivain, l'édition et de la littérature tunisienne après l'indépendance.

Après l'indépendance, les nouveaux dirigeants vont entreprendre une politique de reconstruction de l'identité nationale. Premier domaine à être touché le livre scolaire apparaît comme l'outil pour combattre l'analphabétisme. La création du Centre Pédagogique est la consécration de ce nouveau produit culturel et la naissance d'un premier éditeur tunisien officiel. Une autre institution de diffusion du livre ne tarde pas apparaître au début des années 60 : la SNED. Mais, elle cède vite la place à deux autres grandes maisons d'édition de conception moderne : la STD, orientée vers la diffusion et la MTE pour l'édition. Tout au long d'un quart de siècle, ces institutions vont monopoliser le secteur du livre et de l'édition.

" L'État culturel " contrôle l'édition comme l'Etat-patron régente l'économie et l'État providence bourguibien tente de réguler la société post-coloniale. Un monopole dont la faillite risque de nous faire oublier ses réalisations et ses exploits. L'édition, rappelons-le, est sous la tutelle du Secrétariat d'État aux Affaires culturelles et à l'Information, créé en 1961. Ces deux maisons outre les œuvres et les auteurs tunisiens qu'elles vont lancer, ont tout d'abord créé des traditions éditoriales dans un pays de petit marché. Après leur disparition, le secteur privé recycle l'héritage. Bien qu'elles soient orientées vers l'édition du livre culturel, ces deux maisons ont largement contribué à l'édition et à la diffusion du livre scolaire. Au cours de la première décennie de l'indépendance, le livre scolaire devient une denrée sacrée. Cette sacralité entraîne, entre autres méfaits, la banalisation du livre qui devient pour le pays le moyen de fabriquer des cadres mais pas de générer une vie culturelle. Malgré le monopole et le choix du bilinguisme, l'édition en langue française n'a profité ni de ce paysage linguistique orienté vers une prédominance logique de la langue arabe ni de l'infrastructure éditoriale de l'État.

Mais ce qu'on peut surtout reprocher aux institutions étatiques chargées de l'édition, c'est l'absence totale de politique éditoriale, d'une politique du livre. Nous avons insisté sur les aspects négatifs du rapport information/culture dans un pays sous-développé dominé par un autocrate charismatique et quadrillé par un parti-Etat. Le livre est conçu comme un moyen d'information ou plutôt de propagande. Ajoutons l'arrivée en 1965 de cet appareil magique, la télévision, qui va détrôner le livre et devenir le canal privilégié du pouvoir pour faire passer son discours et " éduquer " le peuple alors que la lecture n'est pas encore devenue une tradition enracinée. Le livre comme vecteur de la culture n'a pas eu le temps de se tailler la place qu'il fallait. Car la culture, tantôt tunisienne-arabe tantôt méditerranéenne-maghrébine ou socialiste puis libérale, n'a pas fait l'objet d'une conception définie et d'un consensus national entre les politiques, les intellectuels et la société civile. Il nous semble que c'est même là tout le dilemme de la culture moderne en Tunisie. A chaque fois que s'ouvre un débat sur la culture, le pouvoir s'empresse de lui donner une dimension politique. Ce qui engendre la récupération, là où rien ne se crée en dehors des institutions officielles. Cette officialisation forcée de la culture va éloigner une catégorie d'écrivains et d'intellectuels contestataires, que Tawfik Baccar appelle dans l'introduction d'Ecrivains de Tunisie, " les écrivains aliénés du pouvoir ". Pendant cette période, l'édition de la littérature tunisienne en général et d'expression française en particulier est qualitativement réduite. Quand une œuvre n'est pas éditée à compte d'auteur, elle est publiée à l'étranger.

Aujourd’hui, après plus de 40 ans d’indépendance, la Tunisie présente encore un taux d’illettrés relativement élevé. La poussée démographique qui accompagne l’indépendance est plus rapide que la croissance de l’alphabétisation. Celle-ci frappe évidemment les milieux défavorisés. Aujourd’hui encore, la lecture en Tunisie est loin d’être une pratique courante. Le pouvoir d’achat des Tunisiens est très réduit, par conséquent, non seulement, les dépenses pour la culture ne constituent qu’une part négligeable du budget de l'État, celui que consacrent les familles à l'achat de livres l'est tout autant. L’accès à la culture et au savoir pour la plupart des Tunisiens se fait par le biais de la télévision, de la radio et accessoirement des journaux. Le livre culturel et littéraire ne figure pas encore dans le budget quotidien. On peut dire que la Tunisie, comme la totalité de pays sous-développés, est passé de l’état oral vers le monde de l’audiovisuel sans passer par la " graphosphère ", pour reprendre l'expression de Régis Debray.

Ce n’est qu’au début des années 80 que la lecture et l’édition ont pris leur essor en Tunisie avec la création et l’extension des maisons d’édition de conception moderne et que le livre et l’écrivain commencent à se faire connaître, dans le pays et en dehors du marché local réduit. C’est devenu possible grâce à une nouvelle génération débarrassée de l’héritage colonial, une génération d'éditeurs et d'écrivains poussés par la volonté de créer et de faire entendre leur voix. L’audace de quelques acteurs potentiels du champ littéraire avait pour objectif de sortir la culture du carcan officiel et très politisé d’une part et de suivre l’évolution de la création universelle d’autre part. Si l'État avait une politique du livre instable et improvisée, aujourd'hui le secteur privé est prudent. Il fait des choix plus élaborés : le bon texte n'est pas exclu et l'équilibre financier doit être assuré. Des nouveaux thèmes et de nouveaux auteurs émergent, des prix littéraires privés sont décernés et des écrivains tunisiens des deux langues même parmi ceux qui vivent à l'étranger sont édités dans le pays.

Malgré les difficultés matérielles, malgré les entraves de toutes sortes qui limitent la production littéraire en Tunisie, la scène littéraire est aujourd'hui relativement pacifiée. Débarrassée des impératifs programmatiques de l'étape post coloniale, elle est aujourd'hui comme réconciliée avec elle-même. Le destin de l'édition littéraire est parsemé de paradoxes. Hier, à l'époque héroïque du bourguibisme, le discours officiel encourageait le bilinguisme mais la politique culturelle concrète a conduit à la marginalisation de la littérature d'expression française. Aujourd'hui le discours a changé, sans doute sous la pression du contexte géopolitique mais l'évolution de la configuration éditoriale l'élargissement d'un secteur privé émancipé a entraîné un rééquilibrage du champ littéraire et la littérature francophone retrouve sa place, grâce à la publication des auteurs tunisiens d'expression française de l'intérieur et de l'extérieur du pays. Tout se passe comme si le discours est constamment contredit par la pratique.

Peut-on dire pour autant qu'il y a une volonté d'assurer à la littérature sa légitimité et son autonomie, de faire de cette expression une "institution" régie par un certain nombre de codes et de règles.

Tout en laissant le débat ouvert, nous avons voulu soulever la question suivante : la littérature tunisienne par son histoire, sa production, sa création et ses composantes socioculturelles forme-t-elle une institution ou un phénomène social ? Chez les spécialistes tels que France Vernier le "phénomène littéraire" est considéré dans son ensemble, mais Jacques Dubois utilise un autre concept, celui " d'institution littéraire ", pour désigner la nature des études à accomplir et parle "d'analyse institutionnelle". Celle-ci commence par la prise de conscience que l'écriture littéraire constitue déjà en elle-même une institution. La portée politique et économique de la littérature, sa dimension contestataire, tiennent à son autonomie par rapport à l'institution culturelle, économique et politique. Mais nous avons vu aussi à quel point, malgré tout, la littérature et l'écrivain en Tunisie se laissent récupérer par l'institution étatique qu'ils contestent et qui les conteste. En fait en partant de l'analyse de Dubois, nous sommes amenés à penser que cette question mérite examen. Nous constaterons alors qu'en s'autonomisant le fait littéraire n'échappe pas au devenir du reste des institutions. Au contraire, il aura lui-même tendance à s'institutionnaliser. Si on conçoit que l'institution est l'ensemble des normes s'appliquant à un domaine d'activités particulier et qui définit une légitimité s'exprimant dans une charte ou un code . Il est admis que le moment fondateur de l'institution est celui de l'apparition d'une légitimité qui s'élabore de façon interne à la sphère littéraire et qui désigne l'activité de cette sphère comme autonome et distinctive. Comme si l'autonomie même de la littérature fondait son institutionnalisation ?

Or la littérature comme institution est aussi le résultat des déterminations historiques. Celle, d'abord, de l'intervention coloniale qui freine la première tentative d'affleurement du fait littéraire. L'État issu de l'indépendance, tout en essayant de faire de la littérature, comme d'ailleurs de la culture en général, une institution exerce son contrôle. L'extension de l'enseignement, qui, en permettant l'accès à la lecture des couches sociales nouvelles, crée un nouveau public et des nouvelles demandes. Cette nouvelle donne sociale et culturelle engendre les figures distinctes et superposables de l'intellectuel et de l'écrivain. Quelles sont dès lors la place et le statut de l'écrivain dans l'institution littéraire ?

Si toutes ces déterminations font apparaître en Europe dans la production au début du XX siècle, deux modes séparés ayant chacun des dimensions propres et des finalités propres : le mode de la grande production et celui de la production restreinte, aujourd'hui en Tunisie en on est encore à la phase de l'histoire où le livre est submergé par les nouvelles technologies du multimédia.

Réfléchir sur la littérature en termes d'institution, c'est réfléchir nécessairement sur son mode d'articulation avec d'autres institutions. En effet, le produit littéraire ne peut être tenu pour le fait d'un agent isolé, il se constitue dans l'interaction de plusieurs instances, qui varient en nombre et en importance et qui changent également en fonction de l'histoire elle-même. Or, on le voit bien en Tunisie, le sort d'un écrit, sa promotion au statut de texte littéraire, dépendent de cet ensemble de fonctions, qui sont assez souvent imbriquées les unes dans les autres et dont l'étude relève de la sociologie de l'institution littéraire dans une approche comparatiste.

      L'écrivain est le noyau dur de cette institution. Le rôle sélectif de l'État dans la promotion ou la marginalisation des auteurs déjoue le fonctionnement de l'institution littéraire émergente. L'écrivain, donc la littérature, sont soumis aux contraintes de l'instance politico-économique. Après la libéralisation de l'économie et l'adoption par la Tunisie, en 1986 d'un plan d'ajustement structurel qui ouvre la voie à la concurrence et à la privatisation, la donne change sans être inversée. Car l'édition n'est pas un simple rouage de transmission et l'éditeur, en particulier aujourd'hui en Tunisie, n'est pas un intermédiaire passif entre l'auteur et son public et n'intervient pas que dans la sélection des textes. Robert Escarpit, dans sa Sociologie de la littérature, résume bien son rôle, en notant qu'il essaye d'agir sur les auteurs au nom du public et sur le public au nom des auteurs, pour se procurer un public et des auteurs mesurés l'un par rapport à l'autre.

      Si, d'un côté, l'éditeur agit sur le public pour provoquer chez lui des habitudes, des attentes, il arrive à infléchir même la production des nouveaux écrivains en quête de promotion. Il est important de signaler que l’écrivain doit essayer d’aborder en priorité les problèmes actuels sans tomber dans les pièges faciles de l’actualité, car après tout l’écrivain n’est pas un reporter accroché à l'événement. Face à lui, il y a un public. Mais ce public consomme depuis l'indépendance ce que produit l'appareil de l'Etat, un public stagnant ayant au livre un rapport de réussite scolaire et professionnelle. Or pour les nouveaux auteurs porteurs de thèmes nouveaux, il faut la liberté d'expression et de création sans jugement moral sur l'auteur, la langue ou le thème choisi. Au reste, de quel droit prive-t-on le public d'un renouveau littéraire tout en le taxant de paresse ? Si la littérature tunisienne souffre du manque de nouveauté, c'est que le lectorat est limité et l'auteur ainsi que son œuvre sont sélectionnés. Ceci est à notre avis le nouveau débat à ouvrir, en intégrant ce qui a été analysé dans ce travail. Car aujourd'hui, le discours autosatisfait est l'une des causes de la crise de la culture, de l'édition et de l'écrivain. L'exemple de la liquidation de la STD et de la MTE est assez édifiant : PDG après PDG, durant une décennie, ces maisons souffrent d'une mauvaise gestion ; parallèlement les instances de l'État préparent la libéralisation de l'économie tunisienne. Pensée d'abord comme le monopole culturel d'un Etat omniprésent, l'édition est perçue ensuite comme une catégorie économique et happée brusquement par la logique de la privatisation tous azimuts. Le patrimoine acquis, malgré le " tout-à-l'Etat ", est ainsi dilapidé.

D'autres instances ayant un caractère plus spécifique, agissent encore de près sur la sphère littéraire tunisienne et s'intègrent par conséquent dans l'étude de cette sphère comme phénomène institutionnel avorté. Aujourd'hui, à l'heure des techniques de marketing, qui, pour le produit livre, interviennent tant dans le processus d'élaboration (imposition d'un modèle, d'une série...), que celui de la diffusion (publicité, attribution du prix, etc.), la production de profit l'emporte sur la production de culture. Le monde du livre en Tunisie commence à se confondre avec celui des affaires. Relevant désormais de l'économie, l'édition reste cependant surplombée par le contrôle politique. Coincée entre la politique et l'économie, la dimension culturelle de l'édition s'étiole. La critique, les Académies (Fondation Nationale-Carthage), les prix littéraires (Comar, Aboulgacem Chebbi, ministère de la Culture...) jouent aussi leur rôle.

Il faut aussi attirer l'attention sur le rôle de l'école et de l'université, parce que celles-ci interviennent à plusieurs niveaux qui fondent la littérature comme institution : niveau de la production (le livre scolaire), niveau de légitimation, niveau de la détermination des modalités de lecture et d'utilisation (manuels). Ainsi la littérature tunisienne d'expression arabe a-t-elle été introduite dans les programmes universitaires dans les années 70, celle d'expression française  tout comme l'enseignement du cinéma ne datent que du début des années 90. Alors où est cette institution littéraire si par le biais de l'enseignement, elle ne contribue pas à la production de la culture ?

Encore une fois, il faut maintenir la notion d'institution littéraire si elle existe vraiment, dans une perspective qui ne la fige pas. Car il est courant, d'assimiler trop hâtivement la seule réalité de cette institution à un appareil de règles et de rôles, à un ensemble de code et de rites spectaculaires, à une organisation matérielle. Barthes dans son Degré Zéro de l'écriture pense à cet égard qu'en littérature, le dispositif institutionnel peut demeurer très invisible, parce qu'il n'exerce ses contraintes sur les pratiques symboliques que de façon implicite. Sans doute pouvons-nous dire qu'en Tunisie l'institution littéraire telle qu'elle est définie par Dubois se confond avec celle de Barthes. L'institution littéraire en Tunisie serait ainsi double : sa partie visible reste tributaire d'une structure éditoriale dynamique mais entravée par l'atavisme de "l'État culturel". L'autre institution littéraire, celle invisible dans le sens " barthésien " est en gestation. Son accomplissement dépend du devenir culturel inséparable d'une véritable modernisation des mœurs politiques.

Il n’est donc ni facile ni possible d’envisager pour la littérature tunisienne et celle d’expression française, une sorte de révolution interne sans la rattacher à tout un ensemble culturel qui, lui-même, est étroitement lié aux conditions socio-historiques, culturelles, économiques et politiques. C’est surtout à partir d’une critique globale de la politique culturelle qu’il faut poser le problème de tous les arts pris séparément, afin de mieux saisir l’articulation entre celui-ci, et les différentes instances qui composent une civilisation.