L’Institut d’Études de l’Islam et des Sociétés du Monde Musulman

IISMM

Consacré à l’étude des sociétés et des cultures du monde musulman, l’IISMM est un centre de recherche de l’EHESS, où il s’appuie sur un solide potentiel de spécialistes relevant de l’ensemble des sciences sociales - anthropologie, histoire, histoire et anthropologie du droit, études politiques, linguistique, sociologie - et de toutes les régions où l’Islam est présent. Ces possibilités, l’IISMM souhaite à la fois les élargir et les mobiliser.

Les élargir en soutenant les projets de recherche des spécialistes de l’Islam et des sociétés du monde musulman qui sont appelés à coopérer avec lui. Sans se substituer aux équipes déjà en place dans les universités ou au CNRS, l’Institut leur propose d’appuyer la réalisation de travaux qu’elles auront entrepris et la préparation des manifestations qui les couronneront (tables rondes, journées d’étude, colloques).

Les mobiliser en levant les frontières institutionnelles ou routinières qui enferment les recherches sur le monde musulman dans des spécialités trop cloisonnées ; en encourageant des séminaires ou des recherches plus larges, où le spécialiste d’un temps et d’un espace particulier pourra enrichir sa réflexion d’autres démarches, élaborées dans d’autres provinces du savoir musulman, dans l’analyse d’autres civilisations.

Cet appel à la fédération des énergies, ce sont les évolutions de l’objet même qui l’imposent. Sans rompre avec la longue tradition d’études orientales dont la France peut s’enorgueillir, l’IISMM a l’ambition de se dégager de l’enfermement de l’Islam dans un discours si particulier qu’il en fait une réalité irréductible, incommensurable à toute autre, quel que soit l’aspect sous lequel il est abordé. Cette vision de l'Islam s'accordait à la conviction, tranquille ou résignée, de l’immutabilité de ses principes, de ses pratiques, de ses références, le plus souvent assignées aux terres et aux temps des origines. Ce penchant anhistorique, dont se nourrissent les pires intégrismes, a, en outre, favorisé la scission entre les études "classiques" (histoire médiévale, droit, littérature) et les enquêtes de terrain (d’anthropologie, de sociologie, de dialectologie), entre les études sur "l’âge d’or" des premiers siècles et celle des temps postérieurs et des "mondes périphériques" dont le poids fut et reste décisif dans l’Islam.

Les mutations profondes du siècle dernier, une meilleure connaissance des sociétés et des cultures du monde musulman ont rendu celui-ci à une histoire en train de se faire et de se défaire. Les anciennes oppositions s’effacent ou se recomposent. Sans doute, l’objet "Islam" demeure-t-il largement valide. C’est le seul signe commun du domaine que l’IISMM entend couvrir, du Sénégal à la Chine du Nord-Ouest, des Balkans à l’Indonésie. Il conviendra d’en mesurer la complexité des acceptions : sociétés théocratiques régies par la shari’a ou héritage culturel, attachement à - ou rupture avec - des pratiques quotidiennes ou des codes sociaux, des langues de culture ou des parlers vernaculaires, des langues "musulmanes" ou des idiomes universels. On n’oubliera pas, en outre, que les empires et les États musulmans ont englobé des populations non musulmanes qui relèvent de plein droit du champ d’étude de l’IISMM.

Le poids de la tradition religieuse et la recherche de ses renouvellements ne sauraient oblitérer la multiplicité des références - politiques, scientifiques, esthétiques, culturelles - dans l’Islam d’hier et d’aujourd'hui, qui échappent à la stricte généalogie coranique. L’Islam ne se réduit pas à des commandements. Il a été, reste une question que l’IISMM se donne pour aventure.


Fonctionnement

L’IISMM est un centre de l’École des Hautes Études en Sciences sociales. À ce titre il est géré sur le modèle des centres et des laboratoires abrités par l’EHESS. Ses programmes sont soumis au Conseil scientifique de l’EHESS, ses recrutements aux règles de recrutement de cet établissement.

Le directeur et le codirecteur sont nommés par le Président de l’EHESS.

Un conseil scientifique, nommé pour deux ans, exprime un avis sur les orientations de recherche et procède à l’évaluation de l’ensemble des actions entreprises par l’Institut.

Une cellule administrative assure le fonctionnement logistique et financier.

L’activité scientifique et pédagogique est animée par un comité de pilotage nommé pour deux ans.

Directrice

Lucette Valensi

Codirecteur

Gabriel Martinez-Gros

Formation continue

Gianni Albergoni

Publications

Catherine Duby-Kouchner

Informatique

Catherine Gréard

Administration

Josseline Gillet

Adresse

EHESS/IISMM

96, boulevard Raspail 75006 PARIS

Tel. 01 53 63 02 40

Fax 01 53 63 02 49

IISMM@ehess.fr

Conseil scientifique

Élisabeth Allès (CNRS) ; Dominique Caubet (INALCO) ; Marc Gaborieau (EHESS) ; Mercedes Garcia-Arenal (Consejo Superior de Investigaciones Cientificas, Madrid) ; Nilüfer Gölé (Université Bogazici, Istanbul) ; Denis Gril (Université de Provence) ; Mohand Hamoumou (Groupe Lafarge) ; Bernard Heyberger (Université de Mulhouse) ; Baber Johansen (EHESS) ; Jean Leca (Institut d'études politiques) ; Alain de Libéra (EPHE) ; Camille Mansour (Université de Birzeit) ; Gabriel Martinez-Gros (Université de Paris-VIII) ; Françoise Micheau (Université de Paris-I) ; François Pouillon (EHESS) ; Jacques Revel (EHESS) ; Daniel Rivet (Université de Paris-I) ; Olivier Roy (CNRS) ; Yves Saint-Geours (EHESS) ; Floréal Sanagustin (Université Jean Moulin Lyon-III) ; Sanjay Subrahmanyam (EHESS) ; Lucette Valensi (EHESS)

Comité de pilotage

Gianni Albergoni (Université de Paris-X) ; Élisabeth Allès (CNRS) ; Hamit Bozarslan (EHESS) ; Jocelyne Dakhlia (EHESS) ; Baber Johansen (EHESS) ; Alain Mahé (EHESS) ; Françoise Micheau (Université de Paris-I) ; François Pouillon (EHESS) ; Jean Schmitz (IRD) ; Sanjay Subrahmanyam (EHESS) ; Houari Touati (EHESS)


Activités scientifiques et pédagogiques

FORMATION A LA RECHERCHE

Séminaires hebdomadaires ou bimensuels donnés dans le cadre des enseignements spécialisés sur les sociétés du monde musulman à l’EHESS. Ces enseignements préparent au diplôme de l’EHESS, au diplôme d’études approfondies (DEA) et au doctorat. Les programmes sont publiés chaque année par l’EHESS. Les formulaires d’inscription sont disponibles à partir du mois de juin et remis sur simple demande adressée au service de la scolarité, 54 boulevard Raspail 75006 Paris.

Écoles d'été

L’IISMM organise chaque année dans un pays musulman, en collaboration avec des établissements d’enseignement supérieur du pays d’accueil, des cycles d’études réunissant une trentaine d’étudiants inscrits dans les formations doctorales en France et dans le pays d’accueil, autour d’un thème scientifique permettant des échanges et des visites de terrain. Les candidatures sont à adresser à l’Institut, accompagnées d’une lettre de motivation.

Ateliers de doctorants

L’Institut soutient ou prend l’initiative de rencontres destinées à favoriser les contacts et les discussions entre doctorants travaillant sur une même aire culturelle et une même époque. Ces sessions, auxquelles participent des enseignants, sont animées par les étudiants.

RECHERCHE ET PEDAGOGIE

Parallèlement aux programmes de recherche d’équipes extérieures soutenues par l’IISMM, celui-ci développe son propre programme scientifique, qui donne lieu à des séminaires transversaux associant différentes disciplines et aires culturelles, des spécialistes rattachés à diverses institutions, des doctorants dont les recherches relèvent des projets retenus.

Thèmes de recherche retenus pour 2000 et 2001 :

L’Islam au féminin

Figures de l’Islam

L’internationalisation du religieux

Orientalisme et sciences sociales

La création artistique contemporaine dans les pays d’Islam

Journées d’études

Des journées d’études font bénéficier un public large de la présence d’enseignants invités à l’EHESS et viennent scander les recherches en cours :

25-26 mai 2000 : « Les figures du lettré en Islam »

16 juin 2000 : « L’Islam au féminin : femmes et institutions »

24 novembre 2000 : « Où en est la création artistique contemporaine dans es pays d’Islam ? »

15 décembre 2000 : « L’exercice de la comparaison : comparer au plus proche / comparer au pluriel »

Un livre/Un événement

Des rencontres, sous le titre "Un livre/Un événement", sont ouvertes au public sur invitation. La première a eu lieu autour de M. Nasr Abou Zeid, professeur égyptien en exil aux Pays-Bas, et auteur d’un ouvrage traduit en français, Critique du discours religieux. Les prochaines séances, autour d’auteurs et de spécialistes français, porteront sur l’Iran et l’Indonésie.

11 mai 2000 : autour de l’ouvrage de Farhad Khosrokhavar, spécialiste de la sociologie religieuse de l’Iran moderne, Les intellectuels iraniens vingt ans après la révolution.

7 juin 2000 :autour de l’ouvrage d’Olivier Roy, L’Iran post-islamiste : vers une nouvelle sécularisation ?

Formation continue

Des cours annuels, écoles d’été, stages intensifs sont organisés, sur des thèmes et dans des disciplines spécifiques, pour les groupes et institutions qui en font la demande.


Programmes de recherche de l’IISMM

2000-2001

L’Islam au féminin

Il s’agit d’une analyse comparatiste du statut, de la position et de l’action des femmes dans des sociétés marquées par l’Islam. Tous les domaines de la vie sociale, politique, religieuse et économique seront abordés. Les études préparées portent en priorité sur les pays subsahariens et l’Asie lointaine.

Deux tables rondes internationales sont prévues en juin 2000 et au printemps 2001.

Responsable : Élizabeth Allès, sinologue, CNRS.

Figures de l’Islam

Sous le titre “ Figures de l’Islam ”, une expérience de renouvellement de l’histoire sociale est tentée qui se libérera des découpages traditionnels. Au découpage chronologique qui sépare l’Islam médiéval (dit classique) des périodes plus récentes, on préférera, fidèles à Fernand Braudel, la longue durée et la prise en compte de temporalités diverses. Aux découpages géographiques conventionnels, qui privilégient l’Islam arabe aux dépens de l’Islam dit périphérique aujourd’hui le plus nombreux, et l’homogénéité aux dépens de la diversité, on préférera l’approche transversale des phénomènes étudiés. Aux cloisonnements confessionnels, qui isolent les musulmans des segments non musulmans dans un tissu social qu’ils contribuent les uns et les autres à former, on préférera l’étude des relations et des interactions dans la fabrique du social. Aux hiérarchies ou aux catégories communément acceptées, on substituera une analyse pragmatique qui prenne les acteurs au sérieux.

Responsable : Houari Touati, historien, EHESS.

L’internationalisation du religieux

L’internationalisation du religieux est tout à la fois un projet d’enquête sur des formes actuelles d’essaimage de confréries religieuses de l’Afrique du Nord à l’Afrique subsaharienne et de l’Afrique à l’Europe et à l’Amérique ; une expérience de mise en réseau entre diverses équipes de Paris, de province, et d’Afrique ; une expérience de coordination du travail d’islamologues, anthropologues et historiens. L’enquête se situe au croisement des études sur les migrations internationales et des études sur l’Islam.

Responsable Jean Schmitz, anthropologue, IRD.

Orientalisme et sciences sociales

Dans le cadre d’une collaboration entre chercheurs français et tunisiens, une interrogation sur Orientalisme et sciences sociales doit conduire à étudier les ressorts épistémologiques comme les dispositifs institutionnels qui ordonnent le travail scientifique, dans un contexte historique de domination coloniale puis de réappropriation post-coloniale.

Responsable : Alain Mahé, anthropologue, EHESS, en coordination avec l’IRMC, Tunis.

La création artistique contemporaine en pays d’Islam

La création artistique contemporaine en pays d’Islam fait l’objet d’une collaboration entre historiens de la culture et spécialistes de littérature. Ce programme vise à étudier les conditions de la production artistique selon les différents contextes régionaux ou nationaux, ainsi que les conditions de sa réception régionale ou internationale. Il vise à faire connaître au grand public les acteurs et les produits de la vie artistique, notamment par le recours aux médias audiovisuels. Responsable : Jocelyne Dakhlia, historienne, EHESS.