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Livre

AMARI, Chawki
De bonnes nouvelles d'Algérie


 
Lieu : Paris
Éditeur : Baleine
Année : 1998
ISBN : 2-84219-149-8
Pages : 196 p.
Type : Roman
Collection, autres éditions : Canaille/Révolver
Notations :

Ecrites il y a plus de dix ans, ces nouvelles reflètent l'humeur des années de plomb. " Bonnes nouvelles " par antiphrase bien sûr. Avec le recul, certaines des nouvelles se détachent avec relief. Celle du coeur humain trouvé, encore frais, gisant sur le chemin et qui plonge tout un village dans l'émoi et le désarroi, en est un exemple. L'enfant auquel il appartient reste introuvable. Les villageois le recherchent avec angoisse. Placé au frigidaire, le coeur refuse de pourrir, passé avec terreur de famille à famille il sème l'horreur. Pour finir il disparaîtra donné à dévorer par des loups qui ont pourtant disparu de la région. Il hantera les cauchemars et les rêves des villageois, comme une malédiction. Ce coeur incorruptible d'un enfant introuvable, est peut-être celui de l'innocence profanée, des espoirs déçus, de la jeunesse volée. Il revient à une petite fille et un adolescent d'essayer comme ils peuvent de trouver un remède au drame qui terrifie les adultes. Ils en garderont le secret. Les sentiments du chien vagabond et chassé à coup de pieds expriment ceux d'êtres humains ravalés au rang de bête. Avec l'errance de deux jeunes algérois " paumés " à travers le Sud algérien, l'art de l'auteur s'exprime dans un mélange d'onirisme et de picaresque où se mêle sans doute l'inspiration arabe, nomade et le réalisme d'une jeune génération qui ne s'en laisse pas compter, cherche à trouver sa voie dans la modernité. Il y est question d'un mystérieux géographe qui a eu l'idée singulière de se faire figurer en personne sur les cartes, ce qui lui a valu d'être licencié par la compagnie qui l'emploie à cartographier. Ce nouveau guide, un peu imposteur et mage va faire errer nos jeunes gens dans le reg, de mirage en mirage, avec des touaregs fort sympathiques mais eux-mêmes en voie de sédentarisation voir de clochardisation fantomatique. Les deux héros rentreront, un peu mari, à Alger dans leur guimbarde écornée par le désert. On pressent là toute une satire mordante de dirigeants et autres intellectuels ou technocrates qui ont égaré le bon peuple dans une modernité absurde, fabriquée de toute pièce et transformée en pierre philosophale. Il est vrai qu'il y a aussi au coeur des personnages et du récit comme une foi dans les possibilités immenses de leur pays, la découverte de ses espaces infinis qui s'ouvrent en lui et donnent le vertige. L'auteur excelle à brosser la satire, par exemple de terroristes fanatiques mâtinés d'informatique, qui sortent tout armés des ordinateurs avec kalachnicov et autres grenades, de combats sanglants entre réseaux analogiques et numériques. Tout cela serait hilarant s'il n'y avait pas derrière une réalité qui ne l'est pas. La scène de la bombe atomique sur Alger est de la même veine grinçante. Ce mélange d'ironie sceptique, de réalisme solide et de goût du rêve et d'infini qui marque ces nouvelles est sqns doute aussi un trait, par delà l'auteur, d'une bonne partie de la société algérienne aujourd'hui. Il y a aussi l'expression d'une déception cruelle mais qui n'épuise pas l'énergie. Les jeunes aventuriers ne rentrent pas chez eux l'oreille basse pour se transformer en bons petits bourgeois pantouflards. D'ailleurs la réalité au retour est trop cruelle. Et puis de toute façon nos héros sont prêts à repartir pour d'autres chimères, à reprendre la route pour d'autres aventures. La route quand elle vous tient ne vous lâche pas, surtout quand elle file vers le grand Sud algérien et ses mirages. Ses mirages ? D'autres voyageurs les ont déjà vaincus. La jeunesse a des trésors inépuisables d'énergie et de bon sens à afuter sur le réel. Et de rêve. Admirable jeunesse de ce pays. Max Véga-Ritter